Pendant ce temps au conseil communal...

Publié le mardi 7 mai 2013

Préambule


Au conseil, il y a le Bourgmestre. Enfoncé dans son fauteuil, il a la tête penchée vers l’avant, ce qui fait basculer la mèche de cheveux qui traverse son crâne dégarni. Il aime conclure les discussions. A de rares exceptions, ses interventions peuvent être résumées comme suit : « Visé est une belle ville dynamique comme le prouvent ses commerces et ses activités sportives. Si vous dénigrez le travail qui y est fait, c’est que vous n’aimez pas votre ville. Par ailleurs, il n’y a pas qu’ici que la situation est difficile, et nous ne nous en sortons pas plus mal que les autres.

A sa gauche, il y a la présidente du conseil. Elle organise les débats. Elle lit les intitulés des points à l’ordre du jour – parfois dans le bon ordre – et elle donne la parole à ceux qui la demandent.

Plus à gauche encore, il y a le secrétaire communal, le fonctionnaire garant de la légalité du conseil. C’est vers lui que le bourgmestre et la présidente se tournent quand ce qu’il faut expliquer est compliqué. Il les sort souvent de situations difficiles.

De part et d’autres de ce trio, les échevins. Quand l’opposition leur pose une question sur un point à l’ordre du jour, leur jeu consiste à répondre chaque fois à côté de la plaque. L’opposition perd alors patience, sent qu’elle n’en saura pas plus et arrête ses attaques.

Parmi les autres membres du conseil, il y a les élus de la majorité non échevin. On ne les entend que très rarement. Ils sont là pour les voter pour la majorité, pas pour se faire entendre. Parfois quand l’un d’eux a fini sa grille de sudoku et qu’il s’ennuie, il demande la parole pour répéter ce qu’a dit le bourgmestre : « Visé est une belle ville dynamique comme le prouvent ses commerces et ses activités sportives. Si vous dénigrez le travail qui y est fait, c’est que vous n’aimez pas votre ville. Par ailleurs, il n’y a pas qu’ici que la situation est difficile, et nous ne nous en sortons pas plus mal que les autres. »

Le reste du conseil est composé des membres de l’opposition. Ils savent bien que la majorité n’en fera de toute façon qu’à sa tête et approuvera les points qu’elle a mis à l’ordre du jour, quelles que soient leurs remarques. Alors ils gesticulent chacun dans leur style, soit pour attirer l’attention de la journaliste présente (parfois), soit pour faire douter la majorité quant à la justesse de ses chiffres ou la légalité d’une décision. Chacun son style je disais. Il y a celui qui utilise l’emphase et l’ironie : « C’est l’école des fans ici, vous donnez le maximum à tous les candidats pour cet appel d’offre ! C’est mignon ! » Il y a celui qui verse dans le pathos et la provocation : « Marcel quelle difficile fin de règne... Alors tes généraux s’entre-tuent pour te voler ta place, arrives-tu à dormir en pensant à ces 6 travailleurs que vous venez de virer ? Pensez-vous au mal que vous faites à leur famille ! » Il y a celui qui relève toutes les fautes – à la virgule près – faites dans les comptes ou les écarts par rapport à la législation. Et pour terminer, on peut parler de celui qui empêche tout le monde d’aller dormir à cause de ses interminables interventions et ces questions incessantes cherchant à prouver sa connaissance profonde des dossiers.

Quand ce dernier a lâché le crachoir, la majorité souffle enfin, elle a résisté aux attaques, l’opposition est déçue par le peu d’écho qu’ont ses remarques sur les décisions du conseil, et le public – quand il y en a – s’en va fatigué en se demandant pourquoi il est venu.