Pendant ce temps au conseil communal... (25/03/13)

Publié le mardi 7 mai 2013
Il est presque 20h, c’est bientôt l’heure de Joséphine Ange Gardien et je ne m’installe pas dans mon divan. Je prends un petit calepin, j’enfile ma veste et je marche jusqu’à l’Hôtel de Ville.

Le conseil va entériner des décisions qui ont été prises avant l’assemblée par le collège des échevins, les cinq spectateurs vont assister à des votes et quelques gesticulations de l’opposition, qui au mieux arrivera à reporter le vote au conseil du mois suivant.

A ma grande surprise, quand j’arrive dans la salle du conseil, les vingt chaises dévolues à l’assistance sont déjà occupées. C’est qu’aujourd’hui, deux citoyens sont venus interpeller le conseil sur des questions qui les inquiètent. Leurs supporteurs sont aux postes, mais déjà quelque peu résignés par la vanité de cette entreprise.

Un premier citoyen se lance dans l’arène. Seul devant les 25 conseillers, comme un étudiant devant son jury, un brin intimidé malgré toute la conviction qui le pousse à taper du poing sur la table, il commence à lire ses doléances. Le début des travaux de construction de la nouvelle écluse de Lanaye étaient conditionnés à la réalisation de mesures de compensation. Or les travaux ont commencé depuis belle lurette et personne n’a encore pu apercevoir les travaux de compensation. Le citoyen demande à quoi est dû ce non-respect des accords et espère qu’on ne lui répondra pas de la même manière qu’au comité de concertation où le bourgmestre lui avait demandé d’arrêter de « poildecutter ». Là-dessus, c’est l’échevin des travaux qui prend la parole. Il marmonne quelques trucs, et lâche un « J’ai le sentiment que les mesures de compensation seront réalisées, même si les délais ne seront pas respectés ». Le citoyen heureux et totalement convaincu va se rasseoir à sa place, le cœur léger. Si l’échevin a le sentiment que tout va bien, pourquoi s’inquiéter...

Un deuxième citoyen pose sa question sur les terres excavées du chantier Fluxsys – qu’il avait rendue par écrit selon la procédure 13 jours avant le conseil –, il écoute la réponse évasive de la majorité puis quitte l’assemblée avec son compagnon et leurs supporteurs.

La séance publique traditionnelle peut ensuite commencer. Presque seul, je prends des notes de ce que je comprends de ce débat d’initiés. La présidente va égrainer les 25 points de l’ordre du jour et les soumettre chacun au vote. Le gros dossier arrive au 21ème point : le budget communal pour 2013. La majorité annonce que l’exercice sera difficile et la commune va devoir puiser dans ses réserves. Les recettes de l’impôt sur les personnes physiques sont en baisse et le poids du CPAS pèse de plus en plus lourd dans le budget de la ville. La ville peut partiellement se reposer sur ses économies, mais ne peut en prélever au maximum qu’un tiers. Des mesures d’économie vont devoir être prises. Les frais de fonctionnement vont devoir être réduits et c’est dans ce cadre que six membres du personnel communal vont être licenciés. Compte tenu des perspectives peu réjouissantes, les efforts fournis cette année ne porteront pas directement leurs fruits et l’équilibre n’est attendu que pour 2017. La majorité conclut sa présentation du budget en affirmant que si ces décisions pénibles n’avaient pas été prises cette année, la situation aurait été encore plus grave l’année prochaine.

L’opposition prend alors la parole et selon ses dires, l’heure n’est pas grave, mais gravissime. Si le budget a mis tant de temps à être présenté, c’est que nombreuses difficultés n’ont pas été appréhendées avant qu’elles ne deviennent quasi insurmontables. La majorité a laissé filer la situation et a accumulé les budgets en déficit ces dernières années. Ceci est la preuve qu’il n’existe aucun outil de prévision à moyen et long terme, et qu’il serait utile de faire appel à des aides extérieures pour relever la situation ! En effet, un bon gestionnaire prend des décisions quand il en connait les impacts. Ce n’est pas le cas de la majorité. Quand l’opposition lui demande l’impact budgétaire des 30 nominations parmi le personnel – juste avant les élections –, personne n’est capable de répondre. Maintenant, la majorité s’étonne qu’il faille faire des économies. La ville doit être gérée par des professionnels qui ont une vision macro-économique. Le Centre Régional d’Aide aux Communes pourrait être de bon conseil.

Pour ce qui est des licenciements, la majorité refuse d’expliquer les critères qui ont été utilisés pour justifier les ruptures de contrats. Malgré parfois plus de 20 ans d’ancienneté, des membres du personnel se retrouvent sans emploi avec pour seul justification : « la crise » ! Les échanges sont vifs. Quand la majorité parle de mesures structurelles, d’externalités coûteuses, d’augmentation des frais énergétiques, de proportion plus importante du budget communal alloué au CPAS que dans les autres communes, l’opposition contre-attaque avec le poids de l’endettement, les dépenses inutiles (expl. L’achat de salle Braham), l’absence d’outils de prévision, ainsi que les dépenses équivalentes pour le sport et la culture comparées au CPAS, stigmatisé.

L’ambiance était électrique, mais elle est encore montée d’un cran avec le refus de la présidente de présenter les 6 points soumis à l’ordre du jour par l’opposition ECOLO et ce sous couvert du nouveau règlement d’ordre intérieur qui n’autorise qu’une question écrite d’actualité. L’opposition crie au déni de démocratie et promet de ne pas en rester là.

Dernier fait étonnant, le refus de la majorité de voter une proposition du groupe ECOLO demandant de faire une enquête sur les invendus alimentaires. Qu’en font les grandes surfaces de l’entité et quels sont les besoins des associations de la commune ? L’opposition vote pour, la majorité s’abstient. La proposition est donc passée, mais sans l’appui de la majorité. Drôle de prise de position, comprendrai-je un jour ce qui leur passe par la tête ?

La soirée a été longue et plus mouvementée que ce que je ne pensais. Mon carnet de notes est bien rempli. Sur le chemin du retour, je me demande ce que je vais retranscrire de ces échanges. On verra.